Le sport au féminin : championnes sur le terrain, pourtant invisibles
Les Jeux Olympiques de Paris 2024 se veulent les premiers de l’histoire à atteindre la parité parfaite entre athlètes hommes et femmes. Une avancée majeure pour le sport mondial. Mais derrière cette image égalitaire, les écarts de salaires, de visibilité et de reconnaissance continuent de creuser le fossé entre les sexes. Avec 10 500 athlètes répartis à parts égales entre hommes et femmes, Paris 2024 marque un tournant symbolique : c’est la première édition des Jeux à atteindre la parité totale. Le Comité International Olympique (CIO) parle d’une “révolution culturelle”, fruit d’un long travail engagé depuis plus de vingt ans. Sur le papier, c’est une victoire. Mais dans les faits, l’égalité reste statistique, plus que structurelle. Les sportives seront aussi nombreuses que les sportifs, certes, mais elles ne bénéficient pas du même statut médiatique, financier ou institutionnel. La parité dans les chiffres ne suffit pas encore à garantir l’équité dans la réalité. L’un des symboles les plus criants de cette inégalité reste la différence de rémunération. En football, Kylian Mbappé gagne en une semaine ce qu’une joueuse du Réal féminin perçoit en un an. L’explication ? La différence de notoriété ; pendant un match Mbappé remplira le Bernabéu (84 000 places), alors que les femmes elles, joueront dans le stade Alfredo Di Stéfano (6000 places) pas rempli. Lors de la Coupe du monde féminine 2023, la FIFA a versé 110 millions de dollars de primes, contre 440 millions pour les hommes en 2022. Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que le rapport entre les gains et les revenus générés par la compétition est inversé. En 2022, la Coupe du monde masculine a généré plus de 7 milliards de dollars de recettes, et les joueurs n’en ont touché qu’une petite fraction. À l’inverse, la Coupe du monde féminine 2023 a rapporté environ 570 millions de dollars, mais les joueuses ont perçu une part proportionnellement plus importante de ces revenus.Autrement dit, les femmes ont gagné moins en valeur absolue, mais davantage en proportion de ce qu’elles ont rapporté. La couverture médiatique bien inférieure à celle des hommes Un paradoxe révélateur : le sport féminin reste moins rentable, non pas faute d’intérêt, mais faute d’investissements équivalents. “On ne demande pas à gagner autant qu’un joueur de Ligue 1, mais à être reconnues à hauteur de notre travail”, confiait récemment Wendie Renard, capitaine de l’équipe de France féminine. Sur les chaînes de télévision, à peine 20 % des retransmissions sportives concernent les compétitions féminines. Et quand elles le sont, les horaires sont souvent défavorables, les moyens techniques réduits, et la couverture médiatique bien inférieure à celle des hommes. Les récentes Coupes du monde féminines de football et de rugby ont pourtant prouvé qu’un public existe, et qu’il répond présent quand le spectacle est mis en avant. Mais dans le quotidien médiatique, les femmes restent souvent absentes ou reléguées aux “rubriques légères”. Il serait injuste de nier les avancées du sport au féminin Ce manque de visibilité entraîne des conséquences directes : moins de sponsors, moins de contrats publicitaires, et donc moins de revenus pour les sportives. Un déséquilibre économique qui se répercute sur toute la filière. Les mentalités évoluent, mais les clichés ont la peau dure. Les sports dits “masculins”, football, rugby et boxe peinent encore à attirer autant de femmes, et celles qui s’y engagent doivent légitimer leur place en permanence, comme nous le confiait Philippine Pereira-Lopes championne du monde de boxe. Les commentaires sur leur physique, leur tenue ou leur “manque de puissance” sont encore monnaie courante. Pourtant, les performances sont là : les Bleues de Corinne Diacre ont rempli des stades entiers, Clarisse Agbégnénou est devenue une légende du judo mondial, et Sakina Karchaoui fait rêver une génération de jeunes filles. Mais la reconnaissance reste plus difficile à gagner que les médailles. Il serait injuste de nier les avancées. Les JO de Paris 2024 offrent une vitrine exceptionnelle au sport féminin. Des marques comme Nike, Adidas ou Orange investissent désormais dans les équipes féminines. Les réseaux sociaux ont permis à de nombreuses athlètes de créer leur propre audience, contournant les médias traditionnels. Mais la route vers une égalité réelle passe aussi par les structures de formation, la gouvernance et la représentation. En 2023, moins de 25 % des fédérations sportives françaises étaient dirigées par des femmes. Sur les plateaux TV, dans les instances décisionnelles ou au sein des clubs, les postes de pouvoir restent largement masculins. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 marquent un pas historique vers la parité, mais ils ne suffisent pas à effacer des décennies d’inégalités économiques, médiatiques et culturelles. Le sport féminin n’a jamais été aussi visible, ni aussi respecté, mais il reste encore moins rentable, moins médiatisé, et souvent moins légitime aux yeux de certains. L’égalité dans le sport n’est pas un objectif atteint, c’est un combat en cours, une conquête quotidienne menée par des femmes qui refusent d’être réduites à des chiffres ou à des symboles. Et si Paris 2024 ouvre une nouvelle ère, il faudra que le monde du sport tout entier suive le mouvement, bien au-delà des podiums et des promesses. Anne-Flore Marxer est une snowboardeuse franco-suisse née en 1984 et championne du monde de freeride en 2011. Au-delà de sa carrière sportive, elle est reconnue pour son engagement en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le sport. Elle dénonce depuis longtemps la manière dont les sportives sont souvent réduites à leur apparence plutôt qu’à leurs performances. En 2017 puis en 2019, elle a choisi de montrer ses seins dans une image volontairement choc, avec le message « World champ VS boobs ». Ce geste militant n’avait rien de gratuit : selon elle, les discours ne suffisaient plus pour faire réagir. Elle voulait provoquer un électrochoc et dénoncer la sexualisation des femmes dans le sport, même lorsqu’elles atteignent un niveau mondial. Par cette action, elle affirmait qu’une athlète ne doit pas être résumée à son corps, mais reconnue pour son travail, son talent et ses accomplissements. Son geste symbolise donc un message fort : le corps féminin n’est pas un objet, mais peut être un outil pour revendiquer le respect, l’égalité et la considération dans le milieu sportif comme ailleurs. Un exemple inspirant qui a permis à de nombreuses femmes de se battre pour l’égalité, à l’image des tenniswomans qui touchent la même somme que les hommes dans les grands chelems tout comme dans le monde du surf, où depuis 2019, la World Surf League (WSL) a instauré une égalité salariale entre les surfeurs et les surfeuses pour toutes ses compétitions professionnelles.
Maxence Saupique-Joly
1/8/20261 min read
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